Le secteur automobile continue de freiner une possible ...

« Unité nationale » : au profit des patrons, aux dépens des travailleurs - La catastrophe du tsunami au Japon et les crimes du capitalisme (Juin 2011)

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Le Bolchévik nº 196 Juin 2011
« Unité nationale » : au profit des patrons, aux dépens des travailleurs
La catastrophe du tsunami au Japon et les crimes du capitalisme
Nous reproduisons ci-dessous un article de Workers Vanguard (n° 978, 15 avril), journal de notre section américaine, rédigé sur la base de rapports écrits par nos camarades du Groupe spartaciste Japon.
12 avril – Le très violent tremblement de terre, au large de la côte nord-est du Japon, et la série de tsunamis dévastateurs ont causé une tragédie humaine aux proportions gigantesques. Ce qui était l’une des régions les plus belles du pays a été réduit à l’état de décombres et certaines zones pourraient être inhabitables pour des dizaines d’années à cause de la contamination radioactive provenant de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi. La région continue d’être secouée par de violentes répliques : le 7 avril une secousse de magnitude 7,1 a frappé une grande partie du nord-est, endommageant à nouveau le complexe nucléaire déjà touché et mettant hors service la production électrique de trois autres installations nucléaires. Aujourd’hui le gouvernement japonais a annoncé que la centrale de Fukushima avait émis un tel niveau de radiation que la gravité de la catastrophe nucléaire a été relevée au niveau maximum – un niveau égal à celui qui fut attribué en 1986 à l’accident de Tchernobyl, dans l’ex-Union soviétique.
Si des dizaines de milliers de personnes sont déjà mortes ou portées disparues, le nombre exact de personnes ayant perdu la vie pourrait rester à jamais inconnu car des familles entières et des pans entiers de villages ont été balayés par la mer. Pendant près d’un mois après le tsunami, la zone de 20 km autour de la centrale nucléaire était couverte des corps d’un millier de victimes du tsunami. On les a laissés se décomposer parce que le gouvernement, évoquant le haut niveau de radiation, refusait de les ramasser et de les enterrer. Des centaines de milliers de survivants sont toujours sans abri, transférés sans arrêt d’un centre d’évacuation à l’autre, nombre d’entre eux n’ayant toujours pas assez à manger. Beaucoup de centres et même certaines institutions médicales refusent l’accès à ceux qui n’ont pas reçu un certificat et un badge, qu’ils doivent porter en permanence, montrant qu’ils n’ont pas été exposés aux radiations.
Le gouvernement capitaliste se sert de cette tragédie comme justification pour enrégimenter la population. 40 % des effectifs de l’armée japonaise ont été déployés pour rétablir l’« ordre » dans les zones dévastées. Alors que des fournitures de première nécessité attendues en urgence sont retenues par les contrôles de sécurité, dans l’esprit de la croisade mondiale « antiterroriste » des impérialistes, ou sont retardées par l’indifférence bureaucratique habituelle, les médias bourgeois parlent de « pillages » de la part des survivants désespérés du tsunami et couvrent d’éloges l’armée pour ses mesures répressives. Pendant ce temps, la ville de Minami Soma recevait des centaines de caisses de nourriture et d’autres fournitures envoyées depuis l’étranger par des personnes ayant vu sur YouTube un appel du maire décrivant des habitants en proie à la faim, coincés dans les maisons et les abris alors que l’alerte nucléaire empêchait l’arrivée des cargaisons alimentaires du gouvernement (New York Times, 7 avril).
Dès le début, le gouvernement a menti sur l’ampleur des fuites radioactives à la centrale nucléaire endommagée, dans l’espoir d’apaiser la population. Mais moins de cinq heures après le séisme, d’après le Ministère de la Défense, le Premier ministre avait déclaré l’« état d’urgence nucléaire », ce qui indique clairement que la bourgeoisie était tout de suite consciente du danger.
La dissimulation, la désinformation et les mensonges débités par le gouvernement capitaliste continuent de mettre en danger la population dans les régions affectées et jusqu’à Tokyo, 250 km au sud. Alors que ceux qui en avaient les moyens financiers ont pu s’enfuir vers l’ouest du pays, la majorité de la classe ouvrière, surtout les pauvres, les malades et les personnes âgées, ont été abandonnés. Les gens quémandaient de la nourriture et des produits de première nécessité comme de l’eau en bouteille, des piles ou des radios, qui continuent de manquer dans les magasins. Ceux qui s’occupaient de leurs proches infirmes ont également été pris au piège ; au Japon, soi-disant par égard pour les valeurs confucéennes de respect envers les ancêtres, les pensions des travailleurs retraités sont très basses et la prise en charge des personnes âgées retombe sur la jeune génération de travailleurs.
Dans l’« attente de la fusion totale », les gens sont retournés dans la région du Grand Tokyo où on leur a annoncé que le lait et certains produits frais contenaient des traces de radioactivité, de même que l’eau du robinet. (Stupidement et cyniquement, le gouvernement leur a dit qu’il suffisait de faire bouillir l’eau à consommer.) Pendant trois semaines, des coupures tournantes de courant ont perturbé les transports, ainsi que le chauffage et l’éclairage des particuliers, hôpitaux et entreprises ; l’utilisation de l’énergie pendant les chaleurs estivales étouffantes va certainement être restreinte. Depuis quatre semaines, des centaines d’héroïques ouvriers des centrales électriques risquent leur vie pour reprendre le contrôle de la centrale nucléaire, s’exposant à de fortes doses de radiations, étant donné que le gouvernement revoit à la hausse ce qu’il considère comme niveau de « tolérance ». Beaucoup d’entre eux, vivant dans les zones proches, ont déjà perdu leur famille et leur logement.
Profits exorbitants et complicité du gouvernement
Le tremblement de terre de Tohoku d’une magnitude 9 et les vagues de tsunamis, atteignant par endroits 20 m de haut, étaient des catastrophes naturelles. Mais la crise qui continue de se développer à la centrale nucléaire de Fukushima est uniquement le fait de l’homme, un produit de la rapacité de l’ordre capitaliste, pour lequel seuls les profits comptent et qui n’a que mépris pour la sécurité et la vie humaine.
En tant que socialistes scientifiques, nous sommes en faveur du développement et de l’utilisation des sources d’énergie pour le bien de l’humanité. Lorsque les ouvriers du monde dirigeront la planète, l’énergie sera générée et utilisée de la manière la plus rationnelle, efficace et sûre possible, ce qui impliquera le développement de nouvelles sources d’énergie. Nous avons déjà fait remarquer que les centrales nucléaires comportent des risques particuliers, ce qui mène à recommander qu’elles ne soient pas situées près des concentrations de population ou en l’amont de celles-ci par rapport au sens du vent. Mais on ne peut pas produire de l’énergie qui soit sûre tant que le principe directeur de l’économie sera la course au profit pour une classe d’exploiteurs possédant les moyens de production.
Sous le règne des capitalistes, pour lesquels les travailleurs ne sont qu’une autre forme de matière première à utiliser, les barrages hydroélectriques et les gazoducs ne seront jamais sécurisés contre des accidents de grande ampleur menaçant des communautés entières. Des accidents évitables sur les plates-formes pétrolières et dans les mines de charbon provoquent la mort de nombreuses personnes ; plus discrètement, aux Etats-Unis 1 500 mineurs de charbon à la retraite meurent chaque année de l’horrible « maladie du mineur » (silicose). En 2008 l’essor des biocarburants aux Etats-Unis a provoqué une pénurie de céréales alimentaires, ce qui a contribué au déclenchement d’une crise alimentaire mondiale : produire du carburant à partir d’éthanol de maïs était alors plus rentable que de le cultiver pour nourrir la population.
L’exemple du Japon démontre l’irrationalité inhérente au système capitaliste et souligne la nécessité d’une économie planifiée internationalement dans un monde socialiste. Le Japon est historiquement un pays aux ressources naturelles pauvres et à forte densité de population. Depuis qu’il a fermé sa dernière mine de charbon en 2002, il importe du Proche-Orient près de 90 % de ses besoins pétroliers. S’efforçant d’atteindre l’autosuffisance énergétique, le pays, situé sur plusieurs failles tectoniques, produit près de 30 % de son électricité dans ses 55 réacteurs nucléaires (et projetait d’atteindre 50 %).
Une illustration à plus petite échelle de l’irrationalité du capitalisme : l’un des facteurs contribuant à la pénurie actuelle d’électricité est que les compagnies d’électricité privées, qui de fait détiennent le monopole dans les régions qui leur sont affectées, produisent l’électricité à des fréquences différentes. L’industrie électrique fut apportée au Japon pendant l’ère de la restauration Meiji à la fin du XIXe siècle. Sa construction fut marquée par une concurrence féroce entre les bourgeoisies des différentes régions : celle basée à Tokyo importa des générateurs d’une société allemande utilisant le courant alternatif à 50 hertz alors que la bourgeoisie d’Osaka en importa de General Electric à une fréquence de 60 hertz. Avec seulement trois stations de conversion de fréquence aux capacités limitées, l’électricité produite à l’ouest du pays ne peut être facilement transférée vers l’est.
La société Tokyo Electric Power (Tepco) est l’une des dix sociétés d’électricité au Japon. Quatrième plus grand producteur privé d’électricité au monde, Tepco alimente les régions les plus industrialisées et les plus peuplées du Japon. L’année dernière elle a fait un bénéfice net de 140 milliards de yens (1,3 milliard d’euros), dû pour l’essentiel aux tarifs électriques exorbitants et à la complicité de l’Agence de sûreté nucléaire et industrielle qui a fermé les yeux sur les infractions à la sécurité. De plus, la société a pris des mesures pour réduire ses coûts : maintenance inadaptée sur des installations obsolètes, employés privés d’équipement de sécurité, utilisation de sous-traitants et d’employés précaires.
En 2002, Tepco a admis avoir soumis, à des centaines de reprises et pendant des années, des données falsifiées sur les rapports d’inspection de ses réacteurs nucléaires. 29 rapports falsifiés concernaient des fissures ou des signes de fissures sur des appareils au niveau du cœur de 13 réacteurs à la centrale de Kashiwazaki-Kariwa, dans la préfecture de Niigata, et des réacteurs des centrales n° 1 et 2 à Fukushima.
Kashiwazaki-Kariwa est la plus grande centrale nucléaire au monde. Après un tremblement de terre en 2007, Tepco a falsifié les quantités de substances radioactives qui s’étaient échappées dans l’air et en mer du Japon. Par la suite, pour compenser la perte due à la fermeture de la centrale pour inspection et réparations, la société a comprimé les dépenses de maintenance dans toutes ses centrales.
La centrale de Fukushima Daiichi est la plus ancienne installation nucléaire de Tepco. Construite dans les années 1970, elle abrite six réacteurs et repose au-dessus d’une faille tectonique connue. Conçu par General Electric, le réacteur n° 1 de Fukushima Daiichi devait fermer en février. Son autorisation de fonctionnement a été prolongée de dix ans alors que des alarmes avaient révélé la vulnérabilité de son générateur auxiliaire aux dégâts des eaux. L’histoire de cette centrale est jalonnée de pratiques dangereuses, évitant les inspections de sécurité à de nombreuses reprises dans les dix dernières années, y compris deux semaines avant le séisme. Un rapport soumis le 28 février par Tepco à l’Agence de sûreté nucléaire et industrielle admettait que 33 équipements dans tous les réacteurs de la centrale Daiichi n’avaient pas été inspectés, dont un moteur et un générateur électrique auxiliaire du réacteur n° 1. Autre mesure de réduction drastique des dépenses, la société a choisi de stocker sur site le combustible usagé au lieu d’investir dans des moyens de stockage plus sûrs. Au moment du tremblement de terre, l’équivalent de six ans de barres d’uranium usagé s’étaient accumulées.
Déjà en 1972, l’agence de régulation nucléaire des Etats-Unis avait indiqué que les modèles de réacteur de General Electric étaient plus que d’autres susceptibles de fuites radioactives. Il y a quatre ans une équipe de recherche de Tepco a averti la société que la centrale n’était pas correctement protégée contre les séismes et les tsunamis, notant que ses digues n’étaient pas suffisamment hautes. En étudiant le mode opératoire des séismes dans la région sur plusieurs siècles, l’équipe expliquait qu’un fort séisme et un tsunami étaient depuis longtemps à l’ordre du jour et qu’il y avait 10 % de possibilités que le complexe, vieux de 40 ans, serait dévasté. Les responsables de Tepco ont ignoré ce rapport.
Nous luttons pour une révolution ouvrière au Japon pour arracher l’industrie des mains de ses propriétaires capitalistes gorgés de profit. Dans toute l’industrie nous nous battons pour un contrôle syndical des conditions de travail et, en cas de risques spécifiques, pour des luttes syndicales qui arrêtent les opérations. Ceci nécessite un effort concerté pour syndiquer l’industrie de l’énergie nucléaire, ainsi que les toujours plus nombreux fournisseurs et sous-traitants sans syndicats dans toute la branche. Mais les bureaucrates traîtres à la tête des syndicats se considèrent comme « partenaires » des capitalistes japonais. Cherchant à protéger le système de profit, ils n’agissent pas pour défendre leurs membres, et encore moins la classe ouvrière. Nous luttons pour une nouvelle direction, une direction lutte de classe des syndicats, qui se battra pour l’expropriation sans indemnité des patrons de l’énergie sous un gouvernement ouvrier. L’effort pour forger une direction de ce type fait partie intégrante de la lutte pour construire un parti ouvrier révolutionnaire, dont le but sera de se débarrasser du système capitaliste d’esclavage salarié tout entier.
Les ouvriers de Fukushima
Le 19 mars, le Partisan Defense Committee, organisation de défense associée à la Spartacist League/U.S., a envoyé un courrier à la Fédération des ouvriers de l’industrie électrique, saluant l’héroïsme des ouvriers du nucléaire :
« Le courage et le dévouement des ouvriers de Fukushima Daiichi contrastent singulièrement avec le parasitisme et l’avidité des propriétaires et responsables de Tepco et de leurs porte-parole officieux au gouvernement. Ceux-ci ont mis en danger la population par leur opacité et leur incompétence. La préoccupation primordiale des capitalistes de tous les pays et dans toutes les branches d’industrie, c’est les profits et non pas la sécurité des ouvriers ou l’intérêt de la société dans son ensemble. »
A ce jour, 21 ouvriers auraient été exposés à des niveaux potentiellement mortels de radiations en essayant de reprendre le contrôle de la centrale de Fukushima. Beaucoup plus tomberont malades : le gouvernement a récemment annoncé qu’il faudrait des mois avant que la fuite radioactive ne soit colmatée. Les effets à long terme des maladies dues aux radiations et les divers cancers induits dont souffriront ces ouvriers ne peuvent pas encore être connus, mais il est certain que beaucoup connaîtront une mort douloureuse. Nous exigeons les soins gratuits à vie pour ces travailleurs et leur famille.
Les quelque 400 ouvriers qui risquent actuellement leur vie sont considérés comme jetables par la société. Ils n’ont même pas été suffisamment équipés en dosimètres mesurant le taux de radiation ; certains n’ont reçu qu’une combinaison légère comme de la gaze à la place des équipements de protection individuelle standard ; ils manquent de masques à gaz, de bottes protectrices pour se déplacer, en conséquence des ouvriers sont obligés d’envelopper leurs chaussures dans des sacs poubelles en plastique.
D’après Kazuma Yokota, de l’Agence de sûreté nucléaire et industrielle, ces travailleurs dorment près des réacteurs à même le sol d’un immeuble, couvert d’une tôle contenant du plomb pour bloquer les radiations. Les ouvriers s’enroulent dans des couvertures et dorment blottis les uns contre les autres. Pendant près de trois semaines, jusqu’à ce que cela provoque un tollé, ils ne recevaient que deux repas par jour : le matin, des biscuits et du jus de fruit, le soir, un sachet de riz à bouillir et de la nourriture en conserve. Au début chacun n’avait qu’une seule bouteille d’eau par jour.
Alors que ce pays se targue de ses innovations et de son usage de la robotique, aucun robot n’était disponible à Fukushima. Le professeur Satoshi Tadokoro, le principal chercheur en robots secouristes, a déclaré que son équipe avait travaillé au développement de robots pouvant être utilisés dans ce type de situation, mais que la recherche avait été interrompue. « Les sociétés à la tête des centrales ont indiqué qu’elles n’avaient pas besoin de ce genre de robots parce que leurs centrales nucléaires n’ont jamais d’accident et sont sûres » (cité par le site web du Centre pour la localisation et le secours assistés par des robots de l’université A&M du Texas). Une entreprise française a expédié par bateau des robots immédiatement après le tsunami, mais le gouvernement japonais en a arrêté la livraison parce que l’expédition n’avait pas respecté les normes appropriées.
S’inspirant de ses grands frères General Electric et Westinghouse, qui avaient envoyé au Japon dans les années 1970 des équipes d’ouvriers noirs effectuer des travaux similaires dans les centrales nucléaires, Tepco a pour pratique d’embaucher comme travailleurs temporaires des Burakumin (la caste des « intouchables » au Japon) et des journaliers venant des quartiers miséreux de Sanya à Tokyo et de Kamagasaki à Osaka. Surnommés « tsiganes genpatsu (du nucléaire) », ces ouvriers ne sont pas syndiqués. En général embauchés par des sous-traitants, ils vont d’une centrale à l’autre, travaillent selon des normes d’exposition aux radiations moins restrictives que les ouvriers sous contrat à durée indéterminée, et pour des salaires et avantages sociaux moindres. Dans les années 1980, les tentatives de syndiquer cette main-d’œuvre ont été annihilées par des gangsters qui menaçaient de s’en prendre aux familles des représentants syndicaux.
L’année dernière à la centrale de Fukushima Daiichi, 89 % des ouvriers étaient précaires (New York Times, 10 avril). Leurs tâches « normales » incluent d’enlever avec des brosses et des chiffons la poussière radioactive de centaines de pièces à l’intérieur des réacteurs. Ils sont actuellement en première ligne pour essayer de refroidir la centrale contaminée, prenant un terrible risque personnel.
La croisade réactionnaire pour l’« unité nationale »
Le déplacement soudain de la plaque tectonique du Pacifique sous la plaque nord-américaine a causé le séisme du 11 mars, provoquant une rupture des fonds marins longue de 300 km et large de 150 km. L’île principale de Honshu a été déplacée de 2,5 mètres vers l’est et l’axe de la Terre a été décalé de 10 cm. Les implications politiques et économiques pour la population ont aussi été très visibles, la bourgeoisie utilisant la terrible situation pour mener une énorme campagne d’« unité nationale » afin d’intensifier les attaques contre la classe ouvrière. Tout en travaillant à renforcer l’appareil répressif de l’Etat, la bourgeoisie présente son armée, qui participe aux guerres impérialistes contre l’Irak et l’Afghanistan, sous l’aspect d’une force « humanitaire ».
La colère et la frustration sont largement répandues et justifiées face à l’incompétence flagrante du gouvernement capitaliste suite à la catastrophe et à ses perpétuelles dissimulations cyniques. En tant que marxistes révolutionnaires, nous cherchons à transformer cette méfiance et cette colère en une compréhension plus profonde par le prolétariat qu’il faut renverser cet ordre capitaliste irrationnel par des révolutions ouvrières. Par contre la gauche réformiste cherche à canaliser les divers mécontentements et frustrations des travailleurs et opprimés vers une campagne pour renforcer les illusions dans l’Etat bourgeois.
Inquiet de la colère croissante dans la population contre ses dissimulations, le gouvernement a sorti de son chapeau ce résidu féodal qu’est l’empereur Akihito, pour qu’il fasse sa toute première déclaration télévisée. Cela s’est retourné contre lui, renforçant les soupçons que la situation était hors de contrôle. Crédité de 20 % d’opinions favorables avant le séisme et dirigeant une économie en pire état que celles des autres puissances impérialistes, le Premier ministre Kan, du Parti démocrate – le cinquième en quatre ans – a courtisé l’opposition, le Parti libéral démocrate (PLD) qui a dirigé le Japon pendant des dizaines d’années, pour former un gouvernement d’« unité nationale ». Dans les conditions actuelles, le PLD n’est pas pressé de prendre part aux responsabilités. Le Parti communiste du Japon (PCJ), lui, toujours prêt à montrer sa loyauté envers la bourgeoisie, a annoncé le 14 mars que les prochaines élections municipales devraient être reportées, car selon les propos de Shii, son président, « l’heure est à la mobilisation nationale pour le sauvetage et le redressement, indépendamment des divergences idéologiques. » Le Parti social-démocrate (PSD, anciennement Parti socialiste) estime dans la même veine que la « crise nationale » nécessite « un cadre de collaboration entre tous les partis politiques ».
La militarisation des secours et la gauche réformiste
La déclaration de l’état d’urgence nucléaire a donné le feu vert au déploiement de l’armée, nommée « Forces d’autodéfense » (FAD), plaçant de fait le nord-est du Japon sous la loi martiale. C’est la plus grande mobilisation militaire depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale avec le déploiement de plus de 100 000 soldats et réservistes, 209 hélicoptères, 321 avions et 57 navires.
La législation permettant de mobiliser l’armée si facilement a été élaborée par un gouvernement précédent, la coalition dirigée par le Premier ministre PSD Tomiichi Murayama, après le séisme de 1995 à Kobe. Votée en 1999, la loi rendait obligatoire la militarisation des ports, aéroports et personnels médicaux civils en cas de « situations périlleuses ».
La loi stipule que les pompiers font partie de l’Etat. Mais contrairement aux flics et aux soldats, ce sont des travailleurs qui effectuent un service utile à la société. Nous soutenons les efforts des pompiers japonais pour créer un syndicat qui les représente. Les médias bourgeois ont quasiment passé sous silence les efforts des pompiers et des ouvriers qui travaillent sur les centrales à Fukushima. Par contre les FAD sont présentées comme des héros. Si leur mission consiste officiellement à fournir des moyens de transport et à aider à la distribution des fournitures de secours, la réalité est bien différente.
L’aide et les fournitures provenant d’autres pays sont restées dans les entrepôts pendant des semaines, lorsqu’elles n’étaient pas simplement renvoyées. Des couvertures d’Indonésie ont été refusées au prétexte qu’elles étaient trop minces ; 15 000 tonnes de riz de Thaïlande ont été carrément rejetées. Une tonne de matériel médical en provenance d’Ukraine, y compris des pastilles d’iode, n’a pas été accepté, n’ayant « pas reçu de certification » ; Singapour a dû affréter des camions privés pour livrer l’aide aux zones touchées. Comme après le tremblement de terre de Kobé, lorsque le gouvernement avait retardé la livraison même des biens de première nécessité, les yakuza (crime organisé) ont réussi à remettre des tonnes de matériel aux évacués.
Beaucoup d’évacués se plaignent de n’avoir eu pendant des semaines rien d’autre à manger, pour les plus chanceux, qu’une boule de riz, un bol de nouilles et un peu d’eau. Les syndicalistes et d’autres personnes qui sont allés au nord chercher des proches et apporter des vivres ont rapporté que depuis des semaines l’armée empêche l’aide d’arriver à ceux qui en ont besoin, bloquant les voitures civiles car les FAD doivent « sécuriser les voies de secours ». Des camionnettes de ravitaillement ont été refoulées des autoroutes principales ; les gares ferroviaires et les arrêts de bus seraient sous contrôle des FAD. Dans les villes, grandes et moyennes, les FAD sont aussi déployées en patrouilles « anti-délinquance », aux côtés de la police (Asahi Shimbun, 4 avril).
Les quotidiens bourgeois libéraux Mainichi et Asahi appellent à rationaliser les agences gouvernementales pour créer un système de commandement central similaire à celui qui fut appliqué après le grand séisme de Kanto en 1923. C’est dans les années 1920 au Japon, marquées par les chasses aux sorcières anticommunistes dans le cadre de la « loi pour la préservation de la paix », que les cliques militaristes réactionnaires gagnèrent de l’influence au gouvernement.
Bien dans sa ligne réformiste social-patriote, la plupart de la gauche japonaise soutient les mesures d’« urgence » et se plaint à l’occasion que la militarisation de la société ne soit pas suffisamment centralisée ou efficace. Ce ne sont pas seulement les sociaux-démocrates et les soi-disant communistes qui parlent ainsi : les groupes plus petits, parfois décrits comme la « nouvelle gauche », le font aussi pour l’essentiel. Ces organisations sont historiquement caractérisées par leur choix du « troisième camp » entre l’impérialisme et l’Union soviétique, une mince couverture à leur alignement direct derrière leur « propre » bourgeoisie.
Ainsi la critique principale du groupe Kakumaru contre le gouvernement est qu’il ne mobilise pas suffisamment l’armée pour défendre et protéger la population ; Kakumaru se plaint que « l’armée a été déployée au coup par coup » et trop lentement, et que le « gouvernement, l’armée nationale, les autorités locales comme la police n’ont pas mis en place de centre unique d’information » (Kaiho, 15 mars). Le PCJ et Kakumaru exigent la publication des photos de la zone frappée par le tsunami prises par les satellites envoyés dans l’espace pour espionner les Etats ouvriers déformés de Chine et de Corée du Nord. Kakumaru écrit : « Le gouvernement doit tout d’abord utiliser les capacités de collecte d’information de l’armée nationale japonaise et se servir pleinement des satellites espions pour prendre la mesure complète des dévastations dans toutes les zones » (Kaiho, 15 mars). Kakumaru exige aussi une meilleure collaboration entre l’armée et les flics.
Le groupe Chukaku, lui, prend une posture plus oppositionnelle vis-à-vis du gouvernement, mais relaie l’illusion que l’armée impérialiste japonaise peut être mise au service de la population. Chukaku se plaint que « le maintien de la sécurité nationale a été jugé prioritaire par rapport au secours des victimes et à l’approvisionnement de l’aide [par les FAD], qui sont mis à l’arrière-plan » (Zenshin, 21 mars). Si Chukaku appelle avec raison à un effort « autonome » de la classe ouvrière en soutien aux victimes de la catastrophe, il prétend en même temps que les soldats font partie de la classe ouvrière. Cette idée fait obstacle à ce que le prolétariat parvienne à une conscience de classe élémentaire. Cherchant à aider le capitalisme à redéfinir ses priorités, Chukaku recommande de « réduire les dépenses militaires » plutôt que les subventions pour les familles pauvres. L’orientation réformiste de Chukaku consiste à appeler à ne pas remettre en cause la Constitution et à essayer d’obtenir un gouvernement moins réactionnaire dans le cadre capitaliste ; le principal mot d’ordre de leur déclaration d’urgence du 12 mars est de « lutter contre le néolibéralisme ».
L’une des principales exigences du groupe Kakehashi, parfois identifié à tort au trotskysme, est la fermeture immédiate de toutes les centrales nucléaires. Tout comme les partisans plus traditionnels de l’écologie politique, il considère que la technologie est un problème plus grave que le capitalisme. Kakehashi est aussi en accord avec le PSD qui appelle à « tourner le dos à l’énergie nucléaire ». Le PCJ, de son côté, n’appelle pas à l’abolition du nucléaire ; il a depuis longtemps une position ouvertement nationaliste pour une autosuffisance énergétique du Japon. Même si nous avons la plus grande méfiance envers les industriels de l’énergie et leurs prétentions de disposer de réacteurs nucléaires sûrs sous le capitalisme, nous nous opposons à la croisade contre l’énergie nucléaire en soi.
Les Etats-Unis sont le seul pays à avoir utilisé des bombes atomiques (incinérant Hiroshima et Nagasaki pendant la Deuxième Guerre mondiale, alors que le Japon était en fait déjà vaincu) ; ils répandent maintenant la mort et la destruction en Afghanistan, en Irak et en Libye. Ceci n’empêche pas le gouvernement japonais d’essayer aujourd’hui de présenter sous un jour humanitaire l’armée américaine, qui appelle hypocritement Opération Tomodachi (ami) sa mobilisation militaire suite au tremblement de terre. Les capitalistes japonais cherchent à renforcer l’alliance militaire USA-Japon, qui est d’abord et avant tout une alliance anticommuniste, initialement dirigée contre l’Etat ouvrier dégénéré soviétique et ciblant aujourd’hui la Chine et la Corée du Nord. Avec près de 50 000 soldats américains répartis dans 85 bases militaires sur tout l’archipel japonais, cette alliance est aussi destinée à réprimer les luttes de la classe ouvrière militante dans toute l’Asie.
La bourgeoisie japonaise cherche toujours à en finir avec les sentiments pacifistes de la population – un héritage persistant de la défaite du Japon durant la Deuxième Guerre mondiale – ainsi qu’avec le mécontentement plus récent contre la présence des troupes US à Okinawa et ailleurs, et elle salue l’« opération d’aide mutuelle » avec l’armée US dans la crise en cours. Le ministre de la Défense Kitazawa exultait que « le traité de sécurité Japon-USA sera encore renforcé » (Yomiuri Shimbun, 4 avril). Nous disons : Les troupes des FAD déployées dans le nord du Japon doivent s’en aller ! Nous appelons à écraser l’alliance contre-révolutionnaire entre les impérialismes américain et japonais par des révolutions ouvrières des deux côtés du Pacifique.
Ils veulent faire payer les travailleurs
Possédant la dette publique la plus élevée au monde – le double de son PIB de 425 000 milliards de yens –, le Japon fait face à des coûts de reconstruction estimés dans un premier temps à quelque 4 000 milliards de yens. La destruction de la plupart des routes, des chemins de fer et des ports dans la zone touchée et les trois semaines de délestages électriques tournants dans l’est du pays ont porté un coup sévère à l’industrie japonaise qui a provoqué des répercussions internationales.
La région de Tohoku produisait 8 % du PIB. Elle abritait non seulement des terres cultivables et des fabriques de conserves, mais aussi des usines de pièces pour des sociétés géantes comme Toyota et Sony et des entreprises petites et moyennes alimentant en composants des multinationales comme Boeing, General Motors et Peugeot Citroën. Ces sociétés font maintenant des pieds et des mains pour trouver des composants, après avoir introduit le si vanté système japonais de stock à flux tendu. On estimait que d’ici fin mars la production automobile mondiale allait être réduite de 600 000 véhicules. Les mines et usines de traitement des minerais, telles celles qui produisent 33 % de l’iode et 10 % du titane au monde, ont été gravement endommagées. La Corée du Sud et Taïwan salivent aujourd’hui devant la possibilité de grappiller des parts du Japon sur les marchés des semi-conducteurs et composants électroniques. Les ports, de Rotterdam à ceux d’Asie, s’attendent à des cargaisons retardées et moins chargées dans la période à venir.
En quatre jours après le séisme, la Banque du Japon a versé 23 000 milliards de yens dans le système bancaire pour empêcher la Bourse de s’effondrer. Les zenekon – grandes sociétés de construction aux liens étroits avec les ministères – cherchent déjà à récolter d’énormes profits grâce à la reconstruction. La bourgeoisie est déterminée à faire payer le coût de la reconstruction par la classe ouvrière. Beaucoup de travailleurs ont perdu leur emploi ou sont temporairement au chômage et luttent pour obtenir une indemnité. Le gouvernement et la puissante fédération patronale Keidanren menacent d’augmenter les impôts et de réduire les subventions aux familles pauvres ; ces plans étaient déjà à l’œuvre avant la catastrophe. Maintenant on planifie de faire adopter une législation spéciale qui permettrait au gouvernement d’acheter des terres abandonnées par des victimes de tsunamis par « paiement forfaitaire rapide avant calcul exact des indemnités ».
Les masses déplacées doivent bénéficier d’un emploi – syndiqué, au tarif syndical avec les avantages correspondants –, d’un logement, de vêtements et de tout le nécessaire. Il faut un programme massif de travaux publics pour reconstruire les maisons, services publics, usines et infrastructures. Des comités ouvriers doivent être formés pour empêcher les projets de mauvaise qualité et les mesures de réduction des coûts qui mettent des vies en danger. Ces revendications, manifestement nécessaires aujourd’hui, sont des exemples de revendications transitoires telles que formulées par Léon Trotsky dans le Programme de transition de 1938, le document fondateur de la Quatrième Internationale. Leur raison d’être est de conduire les travailleurs de leur conscience actuelle à la compréhension qu’il faut en finir avec le système capitaliste une bonne fois pour toutes.
Nous appelons à l’expropriation sans indemnité des sociétés d’eau, de gaz, d’électricité sous un gouvernement ouvrier. Au contraire, certains groupes réformistes avancent des revendications de nationalisation sous le capitalisme. Un détour historique est instructif. Au Japon, l’industrie énergétique fut placée sous contrôle direct du gouvernement à la fin des années 1930, précisément pour aider à la mobilisation pour la guerre interimpérialiste à venir, la Deuxième Guerre mondiale. Contre l’opposition féroce des propriétaires bourgeois de ce secteur, le gouvernement, qui exprimait les intérêts plus profonds de la classe capitaliste, a instauré cette mesure dans le cadre de la loi de « mobilisation générale pour l’effort de guerre ». La structure actuelle de ce secteur fut établie après la guerre.
Dans d’autres circonstances, certaines industries capitalistes en difficulté peuvent être nationalisées parce qu’elles sont jugées indispensables au fonctionnement du système tout entier ou dans le but, grâce à l’argent public, de les moderniser et de les rendre plus rentables. En Grande-Bretagne, après la Deuxième Guerre mondiale, beaucoup d’entreprises en faillite furent nationalisées et leurs anciens propriétaires grassement indemnisés, alors que les travailleurs recevaient de maigres salaires et payaient des impôts élevés. Si nous nous opposons aux privatisations, qui s’accompagnent toujours d’attaques contre les syndicats, les salaires et les conditions de travail, le programme social-démocrate de nationalisations capitalistes n’a rien à voir avec la lutte pour arracher les moyens de production des mains des capitalistes par la révolution socialiste.
Aujourd’hui la réaction des syndicats souligne les contradictions au sein de ces organisations ouvrières. Les syndiqués de base ont montré un énorme élan de solidarité avec les victimes de la catastrophe, souvent accompagné d’une certaine volonté d’action indépendante. Beaucoup de syndicats collectent pour aider leurs membres et certains organisent leurs propres moyens de transport pour faire parvenir directement l’aide. En même temps le programme politique de la direction des trois centrales syndicales – Rengo, Zenrokyo et Zenroren – est de sacrifier les intérêts des travailleurs sur l’autel de l’« unité nationale » avec la bourgeoisie.
Dans cet ordre, plusieurs syndicats ont annoncé l’ajournement ou l’annulation des négociations salariales annuelles shunto. Alors que les travailleurs de Fukushima risquent leur vie en essayant de reprendre le contrôle de la centrale, leur direction syndicale renonce lâchement à toute demande d’augmentation de salaire ou d’amélioration des conditions de travail et de sécurité (Asahi Shimbun, 31 mars). Le syndicat des dockers, Zenkowan, a annulé une grève en mars, se joignant à la campagne d’« unité nationale ».
Si les groupes réformistes dénoncent régulièrement la direction droitière de Rengo, qui dans l’ensemble soutient politiquement le Parti démocrate bourgeois, ils se taisent sur la collaboration de classes que pratique la direction de Zenrokyo (lié au Parti social-démocrate) et de Zenroren (lié au PCJ). L’appel aux dons de Zenroren a été suivi par de nombreux travailleurs dans tout le pays et à l’étranger. Il est scandaleux que la direction syndicale ait remis cet argent aux gouvernements capitalistes municipaux de Miyagi, Iwate et Fukushima, autrement dit à ceux qui depuis des années couvrent les infractions à la sécurité de Tepco. En effet l’appel de Zenroren commençait en exprimant le « respect » de Zenroren pour le gouvernement qui soi-disant travaillait « nuit et jour » au problème de la catastrophe.
Il est urgent de mobiliser la classe ouvrière indépendamment de la bourgeoisie et de son Etat, notamment pour organiser rapidement une mobilisation massive des aides et leur distribution. Mais les dirigeants traîtres des syndicats, qui acceptent le cadre du capitalisme, s’opposent à cette perspective. Il n’y a pas d’intérêts communs entre d’un côté les travailleurs et opprimés, et de l’autre les capitalistes et leur gouvernement. Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! La mort, la destruction et les épreuves endurées par les travailleurs japonais suite au désastre montrent clairement que le prolétariat doit prendre le pouvoir d’Etat des mains de la bourgeoisie, à l’échelle mondiale. Pour la construction d’un parti ouvrier révolutionnaire ! Pour une république ouvrière au Japon, dans une Asie socialiste !
http://www.icl-fi.org/francais/lebol/196/japon.html
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Le prolétariat doit défendre les retraites, les Roms, les jeunes de banlieue ! (Septembre 2010)

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Le Bolchévik nº 193 Septembre 2010
Comment PS et PC, NPA et LO capitulent aux campagnes racistes que mène Sarkozy pour diviser la classe ouvrière
2 septembre – La crise économique mondiale entre maintenant dans sa troisième année. C’est la crise économique la plus grave depuis celle de 1929, avec des conséquences dévastatrices pour les travailleurs dans le monde entier. L’impérialisme français, pour tenir le coup face à son rival allemand plus performant, doit détruire en masse les acquis ouvriers (voir l’article de nos camarades allemands en dernière page de ce journal). Le gouvernement, qui doit mener contre la classe ouvrière l’une des attaques majeures de la mandature, la mise en pièces du système de retraites, s’est lancé dans une fuite en avant sécuritaire raciste pendant l’été : mise en état de siège permanent de cités ouvrières tout entières comme le quartier de la Villeneuve à Grenoble, criminalisation de toutes les communautés de gens du voyage et Roms, avec expulsions massives à la clé vers la Roumanie, campagne pour réviser le droit de la nationalité.
Comme souvent, le gouvernement a agité comme bête noire un réactionnaire islamiste peu susceptible de susciter la sympathie des travailleurs et des femmes, un certain Liès Hebbadj, pour menacer de déchéance de nationalité, et donc potentiellement d’expulsion du territoire, toute personne « d’origine étrangère » polygame, qui aurait « attenté à la vie d’un policier », ou plus vaguement qui aurait commis des actes de délinquance graves. Le récent procès de Villiers-le-Bel montre que n’importe quel jeune de banlieue avec la « mauvaise » couleur de peau qui se trouve au mauvais endroit au mauvais moment peut se retrouver derrière les barreaux pour des années (voir la déclaration du Comité de défense sociale page 2). Demain cela pourrait faciliter l’expulsion de nombreux jeunes vers le pays d’origine de leurs parents, dont ils ne parlent aucune langue et où ils n’ont peut-être même jamais mis les pieds. Cela représenterait aussi une menace directe contre les militants syndicaux d’origine maghrébine et africaine qui oseraient défendre leur piquet de grève contre une brutale attaque de flics.
Le mouvement ouvrier doit combattre en bloc et repousser les campagnes racistes du gouvernement, que les victimes fassent ou non elles-mêmes partie de la classe ouvrière. Le poison du racisme est l’une des principales armes de la bourgeoisie et de ses lieutenants sociaux-démocrates dans la classe ouvrière pour attaquer le mouvement ouvrier en le divisant selon des lignes ethniques, raciales et religieuses, selon le vieux principe « diviser pour mieux régner ».
La lutte contre la terreur raciste du gouvernement est non seulement indispensable à l’autodéfense du mouvement ouvrier, elle est nécessaire pour que la classe ouvrière dépasse le cadre étroit de ses luttes économiques. La lutte économique a pour objet de défendre ou augmenter les salaires directs ou indirects perçus par les travailleurs ; il s’agit de préserver ou augmenter la part revenant aux travailleurs de la plus-value qu’ils ont eux-mêmes intégralement créée par leur travail ; la lutte économique, quoique nécessaire, reste donc dans le cadre du système capitaliste. Les réformistes cherchent constamment à limiter la perspective des travailleurs à ces luttes économiques. Ils ne cessent de parler de « diversion » à propos des attaques racistes du gouvernement. Olivier Besancenot, porte-parole du Nouveau Parti anticapitaliste (NPA), a ainsi déclaré (l’Humanité, 25 août) : « le vrai piège serait de faire la rentrée sur l’insécurité, alors que la question numéro un, c’est l’insécurité sociale et la délinquance financière, à laquelle on ne s’attaque pas ».
Loin de simplement considérer ces attaques racistes comme « la vieille recette de la diversion » (titre de Tout est à nous, le journal du NPA, le 29 juillet), la classe ouvrière doit riposter de front, prenant la tête de toutes les luttes contre l’oppression pour rallier derrière elle les opprimés dans une lutte générale pour renverser le capitalisme tout entier. Il faut forger, dans les luttes des ouvriers et des opprimés, le parti ouvrier révolutionnaire multiracial et multiethnique dont a besoin la classe ouvrière pour mener à bien une révolution socialiste victorieuse, comme la Révolution russe de 1917, la première révolution ouvrière victorieuse qui renversa la dictature du capital et instaura celle du prolétariat. La Ligue trotskyste représente le noyau dont émergera un tel parti, modelé sur le parti bolchévique de Lénine. Comme l’écrivait celui-ci 15 ans avant 1917 :
« Tout secrétaire de trade-union [syndicat] mène et aide à mener la “lutte économique contre le patronat et le gouvernement”. Et l’on ne saurait trop insister que ce n’est pas encore là du social-démocratisme [comme on appelait à l’époque le marxisme révolutionnaire] ; que le social-démocrate ne doit pas avoir pour idéal le secrétaire de trade-union, mais le tribun populaire sachant réagir contre toute manifestation d’arbitraire et d’oppression, où qu’elle se produise, quelle que soit la classe ou la couche sociale qui ait à en souffrir, sachant généraliser tous ces faits pour en composer un tableau d’ensemble de la violence policière et de l’exploitation capitaliste, sachant profiter de la moindre occasion pour exposer devant tous ses convictions socialistes et ses revendications démocratiques, pour expliquer à tous et à chacun la portée historique de la lutte émancipatrice du prolétariat. »
– Que faire ?
Pour une lutte de classe contre le démantèlement des retraites !
Les bureaucraties syndicales se sont jusqu’à présent contentées d’appeler à une journée d’action le 7 septembre. Mais il n’est pas dit qu’elles parviendront à éviter ainsi une lutte de classe de grande ampleur, tant la colère des travailleurs est grande contre ce gouvernement et ses attaques. Les bureaucrates, eux, sont convaincus que les travailleurs devront faire des sacrifices : la CGT est depuis le printemps prête à accepter une augmentation des cotisations retraite des salariés, c’est-à-dire une diminution des salaires (voir les déclarations d’Eric Aubin, responsable du dossier retraites à la CGT au monde.fr le 4 mai, disponible sur le site de la CGT). Quant à la CFDT, elle a accepté lors de son congrès de juin l’augmentation de la durée de cotisation, c’est-à-dire une diminution des retraites (le Monde, 12 juin).
FO et SUD se sont prononcés pour le retrait pur et simple du projet, le SUD ayant déposé un préavis de grève illimitée à partir du 7 septembre à la RATP, un secteur où il est faiblement représenté. FO et SUD cherchent à se donner un profil plus combatif à un moment où les nouvelles règles de représentativité syndicale menacent dans de nombreux cas d’éliminer ces deux fédérations, au profit de la CGT et de la CFDT, de la course aux mandats électoraux et aux subsides patronaux et gouvernementaux qui leur sont associés.
Lors de la grève de novembre 2007 en défense des retraites à la SNCF, où SUD est beaucoup mieux implanté, SUD-Rail avait en réalité pour objectif principal d’être reconnu comme un « partenaire social » à part entière. Dès le premier jour de la grève, SUD-Rail avait déclaré que « le but n’est pas de s’installer dans la grève mais de donner un message fort au gouvernement » (le Monde, 14 novembre 2007). Pourtant les cheminots ont poursuivi héroïquement la grève pendant près de dix jours, face à une violente campagne anti-grève du gouvernement et de la bourgeoisie. Comme nous le soulignions dans notre article « Collaboration de classes et trahison de la grève des cheminots par la bureaucratie syndicale » (supplément au Bolchévik n° 182, mars 2008) : « tandis que dans les AG les petits bureaucrates de SUD parlaient de continuer la grève, leurs dirigeants magouillaient avec les patrons et le gouvernement en faisant des propositions sur “le cadrage de la réforme”, c’est-à-dire acceptaient le principe de l’attaque contre les retraites. »
Les syndicats sont l’organisation élémentaire de défense des travailleurs contre leurs patrons. Mais, notamment en France, ils n’organisent qu’une petite fraction de la classe ouvrière, essentiellement dans les grandes entreprises, le secteur semi-public et le secteur public. Ce sont des secteurs où il reste encore des acquis des luttes passées, qui sont aujourd’hui dans le collimateur des capitalistes déchaînés dans leur soif de profit depuis la contre-révolution capitaliste en Union soviétique il y a près de 20 ans.
Les dirigeants syndicaux s’appuient sur une mince couche de travailleurs relativement privilégiés, qui du coup identifient faussement leurs intérêts à ceux des capitalistes. Près de 30 % des membres de la CGT seraient aujourd’hui dans la catégorie des ingénieurs, techniciens et cadres. La bureaucratie syndicale tire de plus en plus ses revenus, ses permanents syndicaux, ses sinécures dans des organes de gestion et de consultation divers, des subventions directes des patrons et de l’Etat capitaliste lui-même. Qui paie les violons choisit la musique : les bureaucrates se préoccupent moins de recruter de nouveaux militants et de ramasser leurs cotisations que d’obtenir des voix aux élections organisées par les patrons, sur la base desquelles sont répartis les subsides capitalistes. Aussi dans les journées d’action contre les attaques gouvernementales, loin de chercher à organiser de véritables grèves qui bloquent la production, ils se contentent de faire du chiffre dans la rue, pour monnayer le nombre de manifestants comptabilisés contre quelques concessions à la table de négociations.
Il faut lutter pour syndiquer les non-syndiqués, c’est-à-dire notamment les intérimaires, CDD, sous-traitants et autres travailleurs à statut précaire, qui sont en majorité des femmes, des immigrés avec ou sans papiers, des jeunes de banlieue. Cela implique de lutter contre les discriminations qui frappent ces couches de travailleurs. Pleins droits de citoyenneté pour tous ceux qui sont ici ! Pour rompre avec la politique de collaboration de classes des bureaucrates où chaque appareil syndical brise alternativement la grève appelée par l’autre, il faut lutter pour une direction révolutionnaire des syndicats, à la tête de véritables syndicats industriels, c’est-à-dire regroupant tous les travailleurs d’une même industrie dans un seul syndicat.
Le « front populaire » : une alliance avec la bourgeoisie qui enchaîne la classe ouvrière
Cette perspective pose la nécessité d’un programme politique révolutionnaire, et donc d’une lutte politique contre les organisations réformistes qui représentent un obstacle à la prise de conscience révolutionnaire du prolétariat et qui cherchent inlassablement à canaliser les luttes vers les prochaines élections. A un an et demi des élections présidentielles, le Parti socialiste (PS) est en train de se positionner pour reprendre des mains de Sarkozy le flambeau du gouvernement capitaliste. Les dernières élections régionales ont tracé les contours d’un nouveau « front populaire », c’est-à-dire une nouvelle alliance de collaboration de classes entre les Verts (un parti totalement bourgeois), le Parti socialiste et le Front de gauche ; ce dernier est constitué d’un bloc du PCF, du Parti de gauche (PG), lui-même issu du PS avec le renfort notamment de bourgeois républicains de type chevènementiste, et de quelques groupuscules petits-bourgeois. PS, PCF, PG ont un programme bourgeois de gestion du capitalisme, une direction complètement dédiée à l’ordre bourgeois, mais ils conservent des liens avec la classe ouvrière à travers la bureaucratie syndicale et continuent à prétendre, plus ou moins, qu’ils défendent les intérêts des travailleurs contre les riches capitalistes.
Depuis 100 ans en France les réformistes qui dirigent le mouvement ouvrier ont maintes fois pris part à la gestion de l’appareil d’Etat capitaliste, donc inévitablement contre les travailleurs. Ils ne l’ont jamais fait de façon indépendante : ils l’ont toujours fait dans le cadre d’un « front populaire », en alliance avec des partenaires ouvertement bourgeois, ce qui leur permettait à la fois vis-à-vis de la bourgeoisie de garantir qu’ils n’allaient jamais transgresser les intérêts bien compris de la classe capitaliste, et vis-à-vis de leur base ouvrière de prétendre que leurs mesures anti-ouvrières étaient dues aux vicissitudes de l’alliance avec ces bourgeois « progressistes ».
Ces alliances, du fait qu’elles enchaînent la classe ouvrière à l’ennemi de classe, conduisent toujours à la défaite pour les travailleurs, et c’est pourquoi nous nous y opposons par principe. Dans les meetings du Front de gauche au contraire, les orateurs se succèdent pour revendiquer un nouveau front populaire (voir par exemple l’Humanité du 9 juin) en se référant à Juin 36. Mais justement en Juin 36 il y avait la possibilité d’une révolution ouvrière. Les staliniens du PCF, loin de créer des conseils ouvriers (soviets) pour préparer la prise du pouvoir prolétarien comme en 1917 en Russie, mirent en avant la nécessité de ne pas effrayer leurs alliés radicaux dans le Front populaire et canalisèrent la grève générale vers quelques réformes votées au parlement ; ils firent retourner les ouvriers au travail et les démoralisèrent petit à petit, au fur et à mesure que les quelques acquis de la grève étaient remis en cause et qu’approchait la guerre. Le parlement du Front populaire (moins les députés du PCF, qui avait été interdit lors de la déclaration de guerre) finit par voter les pleins pouvoirs à Pétain.
Que ce soit un gouvernement capitaliste de droite réactionnaire ou que ce soit un gouvernement capitaliste de gauche, son boulot est nécessairement de cogner sur les travailleurs. Le bilan des sociaux-démocrates sur la question des retraites est particulièrement lourd. La première grande attaque contre les retraites en 1993, après le retour de la droite, avait été d’abord formulée en 1991 dans le « livre blanc » du gouvernement PS de Mitterrand-Rocard ; la droite revenue au pouvoir n’avait fait que mettre en œuvre ce que la gauche avait mis dans les cartons gouvernementaux. Puis en 1999, sous le gouvernement PS-PCF-Verts de Jospin-Buffet, c’est le rapport Charpin qui avait annoncé le report de l’âge de départ à la retraite allant jusque 65 ans et l’allongement de la durée de cotisation jusqu’à 42 ans et demi, des propositions encore plus drastiques que l’actuel plan de Sarkozy-Woerth ! Jospin avait reculé devant les protestations ; il voulait attendre d’être élu président pour mettre en œuvre le rapport Charpin ; c’est la droite qui l’a ensuite mis en œuvre après 2002, en deux temps : 2003 puis aujourd’hui.
C’est dire qu’il n’y a rien à attendre d’un gouvernement de front populaire en 2012, alors que les réformistes se mettent déjà à chercher à canaliser les luttes vers le « battre Sarkozy ». Le PS accepte ainsi aujourd’hui un allongement de la durée de cotisation, c’est-à-dire un abaissement du montant des retraites à durée de travail égale. C’est dire aussi le cynisme des organisations à gauche du PS qui ces jours-ci parlent de faire l’unité avec ce même PS en manipulant l’aspiration légitime à l’unité ouvrière dans la lutte pour faire reculer le gouvernement. Besancenot s’adressait ainsi au PS (l’Humanité, 9 juin) : « Les conneries, ça suffit, on y va ensemble […], en parlant d’une seule voix et sans trembler, pour la retraite à soixante ans et à taux plein ! »
PCF ou NPA reparlent du CPE comme d’un modèle de lutte qui avait fait reculer le gouvernement. Il est vrai que la mobilisation ouvrière avait forcé le gouvernement à retirer cette attaque début 2006. Mais, un an plus tard, toute la gauche, y compris la LCR (prédécesseur du NPA de Besancenot) et Lutte ouvrière (LO), appelait à « battre Sarkozy », c’est-à-dire voter Ségolène Royal du PS. Ces organisations n’ont au fond aucune autre perspective politique à proposer qu’une nouvelle mouture du front populaire, car toute leur vision du monde est fermement limitée par le cadre du capitalisme. Ils veulent simplement un front populaire « de combat », surfant sur une mobilisation ouvrière (type Juin 36 ou CPE), mais avec le même résultat : que les partis ouvriers prennent part à la gestion du capitalisme. Besancenot soulignait à l’université d’été du NPA le 27 août : « l’issue des retraites ne se joue pas en 2012 mais, en revanche, beaucoup de l’issue de 2012 se joue dans la bataille des retraites. C’est maintenant qu’il faut affaiblir le gouvernement et la droite » (Tout est à nous, 2 septembre).
Verts, PS, PC, PG, NPA, LO : le nouveau front populaire républicain-sécuritaire
Dans toute l’Europe la bourgeoisie et les réformistes poussent le protectionnisme et le nationalisme, dressant les travailleurs derrière leur propre bourgeoisie et contre leurs frères de classe dans les autres pays de l’Union européenne et au-delà (voir l’article de nos camarades britanniques sur la grève réactionnaire de Lindsey, reproduit dans le Bolchévik n° 188). Sarkozy a ainsi mis en place avec la pleine participation de la bureaucratie syndicale des « états généraux de l’automobile » début 2009 ; il s’agissait de promettre des milliards aux grands patrons de l’automobile à condition que ne soient fermées des usines qu’à l’étranger – autrement dit, en promettant de sauver la production des trusts français (et surtout leurs profits), avec des travailleurs français. Comme le faisait remarquer l’un de nos camarades lors du grand meeting de LO sur l’automobile lors de sa dernière fête en mai dernier (malgré les vociférations des « démocrates » de LO pour faire taire notre intervenant) :
« LO a écrit à l’époque plusieurs articles sur ces états généraux mais pas un seul ne s’est opposé à ce poison chauvin qui pénètre ainsi dans les consciences des ouvriers, en particulier de l’automobile […]. En fait, c’est pour mieux défendre la politique de ses propres camarades dans les directions syndicales qui servent au final la politique de la bourgeoisie. »
Vu la capitulation des réformistes, voire leur participation active (PCF) aux campagnes protectionnistes, leur réaction n’est nullement surprenante face au déchaînement raciste du gouvernement cet été. La gauche s’est livrée à un véritable exercice de légitimation de l’offensive sécuritaire du gouvernement en dénonçant celui-ci pour avoir réduit le nombre de flics (voir par exemple l’Humanité du 16 août). Pour eux, le problème de la politique sécuritaire du gouvernement, c’est qu’elle est inefficace et ne tient pas ses promesses.
Lutte ouvrière, qui a dénoncé les déclarations du PS que la « sécurité » était bien la première des « libertés républicaines » (Lutte Ouvrière, 20 août), n’en a pas moins profité pour prendre une nouvelle fois la défense des maires de gauche, déclarant que la délinquance aurait plus baissé à Lille, dont Martine Aubry, chef du PS, est maire, qu’à Nice, dont le maire est le ministre Estrosi (ibid.) Elle a aussi mentionné positivement le maire PS de Grenoble, qui a augmenté de 41 % les effectifs de la police municipale alors que ceux de la police nationale baissaient de 17 % (ibid.)
LO, tout en se plaignant que les maires de droite et de gauche « disposent des mêmes moyens de lutte réelle contre l’insécurité, c’est-à-dire d’à peu près aucun » (ibid.), contribue à sa mesure à l’arsenal répressif des villes quand elle fait partie de la majorité, en votant régulièrement des budgets qui incluent la vidéo-surveillance, la police municipale, etc. Ils ont même voté le budget de la municipalité PCF de Bagnolet quelques semaines à peine après l’attaque à la tractopelle menée le 10 février dernier par le maire contre un squat de travailleurs africains, une opération raciste conduite bien entendu au nom de la « sécurité » contre des soi-disant trafiquants, dealers et proxénètes (voir notre article paru dans le Bolchévik n° 192) ! Le discours occasionnel de LO sur le communisme révolutionnaire et l’internationalisme n’est qu’une décoration superficielle pour une pratique totalement réformiste.
La police, qu’elle soit municipale ou nationale, a pour fonction le maintien de l’ordre bourgeois par la violence. Toutes les campagnes sécuritaires ont pour objet de renforcer l’arsenal répressif, qui vise les opprimés et en dernier ressort la classe ouvrière. L’Etat, ce sont au fond des bandes d’hommes armés dont la fonction est d’empêcher toute révolte des opprimés et, au bout du compte, de mater la lutte révolutionnaire du prolétariat pour renverser ce système. C’est pourquoi on ne peut réformer l’Etat pour qu’il serve les intérêts des travailleurs, il devra être détruit au cours d’une révolution ouvrière.
La gauche a beau se plaindre que Sarkozy fasse le jeu du Front national de Le Pen, dont les sondages indiquent effectivement une montée considérable dans l’opinion, la gauche légitime elle-même le discours sécuritaire des fascistes qui affirment être les seuls à avoir un programme réellement efficace pour la sécurité. Pour le moment, les fascistes sont en France un phénomène essentiellement électoral. Sur le fond, le fascisme, ce sont des troupes de choc basées sur la petite bourgeoisie ruinée et enragée par la crise économique, mobilisées par le capital pour écraser le mouvement ouvrier. Si la crise continue à s’aggraver et que surgissait une montée révolutionnaire dans la classe ouvrière, la bourgeoisie impérialiste décadente, y compris celle des « droits de l’homme » issue des Lumières, n’hésiterait pas une seconde à déchaîner cette racaille barbare pour sauver sa dictature sur la classe ouvrière.
Un programme de transition vers la révolution socialiste
Le NPA a tenu un grand meeting européen à Paris le 15 juin qui a bien montré la banqueroute des sociaux-démocrates de gauche dans toute l’Europe. Chacun y allait de sa petite recette (généralement une petite mesure fiscale) pour soi-disant résorber la crise de la dette des Etats et/ou sauver les retraites : taxation des transactions financières et abolition des paradis fiscaux, taxation du capital, nationalisation des banques sous contrôle démocratique des travailleurs, etc.
Pour tous ces gens-là il suffit de quelques mobilisations des travailleurs pour faire pression sur les capitalistes jusqu’à ce qu’ils lâchent une ou deux mesurettes qui feront l’affaire. Au fond Lutte ouvrière a la même perspective aussi, centrée sur le fait que l’espérance de vie a augmenté moins vite que la productivité du travail depuis la Deuxième Guerre mondiale et qu’il suffirait donc d’allouer une petite partie de l’augmentation de la productivité pour permettre de « partir à la retraite bien avant 60 ans […]. Raison de plus pour être nombreux dans la rue le 7 septembre » (Lutte Ouvrière, 13 août).
Les mesures proposées par la gauche contre les attaques du gouvernement font l’effet d’une goutte d’eau à un moment où le gouvernement essaie de parachever la destruction des acquis chèrement arrachés par la classe ouvrière depuis 50 ans. Le système capitaliste n’a pas pour objet de mettre à la disposition du peuple les objets et services dont il a besoin ; il fonctionne uniquement pour le profit, accaparé par les capitalistes sur la base de leurs titres de propriété sur les moyens de production. Si le capitaliste ne licencie pas ou ne réduit pas les salaires ou les retraites, son taux de profit reculera au point qu’il perdra la confiance des marchés financiers, etc. ; le capitaliste jurera qu’il n’agit pas le moins du monde par misanthropie, d’ailleurs lui-même participe de sa poche aux œuvres de charité de l’église locale et du comité d’entreprise, mais que s’il n’attaque pas les travailleurs c’est toute l’entreprise qui fera faillite.
Le système capitaliste aujourd’hui refuse même la retraite à des travailleurs qui sont depuis longtemps usés jusqu’au bout par une vie d’exploitation. Et il démantèle le système de santé en le rendant inabordable aux travailleurs, financièrement et même physiquement avec les fermetures massives d’établissements hospitaliers et la diminution du nombre de médecins. Pour assurer sa survie, la classe ouvrière doit avancer toute une série de revendications comme le partage du travail entre toutes les mains valides, donc avec diminution du temps de travail et de l’âge de la retraite, sans perte de salaire. Il faut des investissements massifs dans le système de santé, y compris l’embauche de milliers d’infirmières et autres personnels indispensables à des soins gratuits et de qualité, accessibles à tous. Les femmes sont parmi les premières victimes de la crise et des attaques contre les retraites et la santé ; il faut en particulier rouvrir les centaines de maternités et de centres d’IVG qui ont été fermés ces dernières années, et en créer de nouveaux dans les quartiers ouvriers !
Ce n’est là qu’une petite partie de toute une série de revendications indispensables à la classe ouvrière. Les capitalistes diront qu’ils sont incapables de les satisfaire. Eh bien, comme le disait le révolutionnaire russe Léon Trotsky, que ce système périsse ! Le Programme de transition trotskyste, formé d’un ensemble de telles revendications, a pour objectif non pas d’adresser des suppliques auprès du parlement ou du gouvernement capitaliste, mais de montrer à la classe ouvrière la nécessité d’airain de renverser tout ce système par la révolution socialiste et l’établissement d’une économie nationalisée et planifiée, et de montrer la voie dans cette direction. Comme le montrent nos camarades allemands dans l’article en dernière page de ce numéro, cette lutte doit être indissolublement liée à une perspective internationaliste, pour les Etats-Unis socialistes d’Europe.
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Vague de grèves combatives en Chine - Pour une direction lutte de classe ! Défense de l’Etat ouvrier bureaucratiquement déformé ! Pour une révolution politique prolétarienne ! (Septembre 2010)

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Le Bolchévik nº 193 (Septembre 2010)
La vague de grèves pour une augmentation des salaires et de meilleures conditions de travail qui a balayé la Chine ces dernières semaines doit être soutenue par tous les travailleurs conscients du monde. Les grèves ont commencé le 17 mai dans une usine de boîtes de vitesse Honda à Foshan, dans la province méridionale du Guangdong, que les ouvriers ont arrêtée pendant près de trois semaines. Avec l’arrêt des livraisons de pièces fabriquées par cette usine, la production s’est arrêtée sur toutes les chaînes de montage de Honda en Chine.
Après que les ouvriers eurent obtenu des augmentations de salaires d’environ 30 %, les grèves se sont étendues à d’autres usines dans le Guangdong, une région qui se développe à une vitesse accélérée, et au-delà. La plupart ont eu lieu dans des usines appartenant à des sociétés étrangères, notamment des constructeurs automobiles japonais. Les ouvriers ont aussi fait grève dans plusieurs usines appartenant à des sociétés taïwanaises, dont une usine d’articles en caoutchouc près de Shanghai, où une cinquantaine de personnes ont été blessées dans des affrontements avec la police, ainsi que sur des sites appartenant à des capitalistes chinois.
Les capitalistes étrangers et locaux qui opèrent en Chine ont amassé d’énormes profits par l’exploitation d’une force de travail en grande partie composée de travailleurs migrants originaires des campagnes. Beaucoup d’ouvriers sont obligés de travailler 60 à 70 heures par semaine pour des salaires à peine au-dessus du minimum vital. Les conditions qu’ils endurent ont été étalées au grand jour avec la vague de suicides, largement médiatisée, dans l’immense usine d’électronique Foxconn à Shenzhen, également dans le Guangdong. Au moins dix ouvriers se sont donné la mort cette année dans ce complexe industriel appartenant à des Taïwanais, où 300 000 ouvriers font de longues journées de travail, sous une discipline sévère, assemblant des ordinateurs et des téléphones portables pour Apple, Dell, Sony et d’autres grandes entreprises américaines et japonaises. En même temps, l’énorme concentration de travailleurs chez Foxconn montre l’immense puissance potentielle de la classe ouvrière chinoise.
Avec le développement économique considérable qu’elle a connu depuis plusieurs décennies, la Chine possède de loin la classe ouvrière industrielle la plus nombreuse du monde. Les luttes ouvrières menées dans ce pays ont donc une importance majeure. En résultat de la Révolution de 1949, le capitalisme a été renversé en Chine, et une économie collectivisée a été mise en place. Bien que déformé depuis le début par le régime de la bureaucratie du Parti communiste chinois (PCC) stalinien, ce renversement révolutionnaire était une immense victoire pour les travailleurs du monde entier. Malgré les empiétements capitalistes dus aux « réformes de marché » du régime du PCC, le cœur de l’économie est toujours basé sur la propriété nationalisée (voir « Les réformes de marché en Chine », le Bolchévik n° 177, septembre 2006).
Contrairement aux grands pays capitalistes, embourbés dans une profonde récession, avec des dizaines de millions d’emplois supprimés, l’économie chinoise a continué à se développer ces deux dernières années, même si le secteur de son économie tourné vers l’exportation a été assez secoué par la crise mondiale. C’est sa capacité à canaliser les ressources dans le secteur collectivisé qui a empêché la Chine d’être entraînée dans une crise économique profonde, du type de celles qui sont inhérentes au système capitaliste de production pour le profit. L’économie chinoise est à nouveau en train de se développer rapidement, ce qui produit une importante pénurie de main-d’œuvre. Les investissements de l’Etat dans les villes de l’intérieur de la Chine ont absorbé la plus grande partie de la main-d’œuvre qui migrait vers les usines des zones côtières de l’est.
Les grandes puissances impérialistes – Etats-Unis, Japon, Allemagne, etc. – sont toujours déterminées à restaurer le capitalisme et à ouvrir entièrement la Chine à l’exploitation capitaliste. De même que les travailleurs des pays capitalistes doivent défendre leurs syndicats contre les patrons malgré leurs directions traîtres, ils doivent défendre la Chine contre la contre-révolution capitaliste malgré le régime bureaucratique répressif et ses nombreuses concessions au capitalisme.
En mettant des travailleurs migrants sous-payés à la disposition des sociétés étrangères pour qu’elles les exploitent, la bureaucratie du PCC joue en fait le rôle de pourvoyeur de main-d’œuvre pour les impérialistes et les capitalistes chinois de l’extérieur. Il y a maintenant dans la bureaucratie elle-même un certain nombre d’éléments qui ont des liens, de parenté ou autres, avec des chefs d’entreprise capitalistes ; il y a plusieurs années, l’Assemblée nationale populaire, qui ne fait qu’entériner les décisions d’en haut, a voté une loi qui renforçait les droits de propriété des personnes et sociétés. Mais la base matérielle sur laquelle repose la bureaucratie n’en continue pas moins d’être la propriété collectivisée, dont elle tire son pouvoir et ses privilèges.
La classe ouvrière chinoise doit balayer la bureaucratie stalinienne parasitaire qui, à l’intérieur, a gravement affaibli le système de propriété nationalisée tout en conciliant l’impérialisme au niveau international. Il faut une révolution politique prolétarienne pour défendre et étendre les acquis de l’Etat ouvrier et mettre le pouvoir directement entre les mains de conseils ouvriers et paysans élus. Cela pourrait donner une impulsion à la révolution socialiste prolétarienne dans toute l’Asie capitaliste, y compris dans le bastion industriel qu’est le Japon, et dans le reste du monde. L’émergence d’une Chine dirigée par des conseils ouvriers et paysans inciterait aussi les travailleurs de Taïwan à renverser leur bourgeoisie, ce qui conduirait à la réunification révolutionnaire de la Chine.
La poudrière chinoise
Confronté à un mécontentement grandissant à la base de la société, le régime du PCC de Hu Jintao a freiné certaines mesures de « libre marché » au nom de la construction d’une « société harmonieuse ». Les bureaucrates du PCC multiplient les discours « pro-ouvriers », et les autorités de nombreuses provinces et grandes villes se sont senties obligées d’augmenter substantiellement le salaire minimum. Le régime bureaucratique du PCC ne défend les acquis incarnés dans l’Etat ouvrier déformé chinois que dans la mesure où il craint la classe ouvrière.
De façon inhabituelle, les dirigeants du PCC ont au début autorisé une abondante couverture médiatique des grèves, en particulier dans les usines appartenant à des sociétés japonaises. Ceci s’est accompagné d’une franchise tout aussi inhabituelle sur les inégalités sociales croissantes en Chine. Le China Daily (13 mai), citant un dirigeant de la Fédération panchinoise des syndicats (ACFTU), rapportait que la part du produit intérieur brut allant aux salaires des travailleurs était passée de 57 % en 1983 à 37 % en 2005. Un éditorial de Global Times (2 juin), journal dérivé du China Daily, écrivait :
« Il faut reconnaître qu’après trois décennies d’ouverture les travailleurs ordinaires font partie de ceux qui ont reçu la plus petite part de la prospérité économique […]. L’arrêt temporaire de la production dans les quatre usines Honda, à un moment de demande accrue du marché pour les automobiles de marques japonaises, souligne le besoin de protection organisée des travailleurs dans les usines chinoises. »
S’inquiétant sans doute de l’extension des grèves, la bureaucratie a depuis sévèrement restreint la couverture médiatique.
La plupart des dirigeants des grèves se trouvent être de jeunes travailleurs migrants, y compris notamment des ouvrières. Ils ont fait preuve d’une combativité et de talents d’organisation impressionnants, y compris en utilisant Internet et les SMS pour rassembler les travailleurs et suivre ce qui se passait à d’autres endroits. Détail révélateur, les ouvriers de Foshan et d’une autre usine Honda à Zhongshan ont décidé d’élire leurs propres délégués et comités de négociation indépendamment de l’ACFTU, la fédération syndicale officielle associée au PCC au pouvoir. Dans de nombreux cas, les bureaucrates de l’ACFTU ont collaboré ouvertement avec le patronat pour tenter d’obliger les ouvriers à reprendre le travail. Le 31 mai, des nervis envoyés par la bureaucratie syndicale ont physiquement attaqué les grévistes de Honda Foshan, faisant plusieurs blessés. Le lendemain, ces mêmes bureaucrates de l’ACFTU ont publié des excuses publiques, essayant en même temps de minimiser leur rôle dans cette agression.
Parmi les revendications avancées par les grévistes de Foshan figurait « une réorganisation du syndicat local ; des réélections doivent être organisées pour désigner le secrétaire général et les autres représentants ». Les grévistes de Zhongshan ont manifesté le 11 juin en exigeant de façon similaire le droit de choisir leurs propres délégués syndicaux. Même si les staliniens au gouvernement ont supprimé de la Constitution chinoise le droit de grève en 1982, plusieurs réformes du droit du travail en 2008 ont fait qu’il est plus facile aux travailleurs de s’organiser pour défendre leurs intérêts. Beaucoup de grévistes ont franchement dit aux journalistes qu’ils pensaient avoir le droit de se mettre en grève, en faisant référence aux réformes juridiques.
Une lettre ouverte publiée au nom du comité de négociation des grévistes de Foshan par Li Xiaojuan, une jeune ouvrière, déclarait :
« Nous devons maintenir un niveau d’unité élevé et ne pas nous laisser diviser par les représentants du capital […]. Les profits de l’usine sont le produit de notre dur labeur […]. Cette lutte ne concerne pas seulement les intérêts de nos 1 800 ouvriers. Nous nous préoccupons aussi des droits et des intérêts de tous les travailleurs chinois. »
– cité par le Financial Times (Londres), 10 juin
Il faut aux travailleurs chinois une direction lutte de classe afin de faire avancer la lutte pour arracher autant de concessions que possible des entreprises capitalistes qui les exploitent, pour combattre les ravages de l’inflation et améliorer leurs conditions de travail et de vie. Les travailleurs de l’industrie d’Etat ont aussi besoin d’une direction du même type pour protéger et améliorer leur niveau de vie et pour combattre les abus bureaucratiques. Dans le cadre de la lutte pour remplacer le régime parasitaire du PCC par des conseils ouvriers et paysans, il faut construire des syndicats libérés du contrôle bureaucratique. Même dans un Etat ouvrier avec une authentique démocratie ouvrière, des syndicats sont nécessaires pour se protéger contre de possibles empiétements et abus, et pour contribuer à la planification de la production et des méthodes de travail. Sur la question des syndicats dans le jeune Etat ouvrier soviétique, Lénine insistait que les communistes devaient lutter pour la direction des syndicats, sur la base de leur programme et de leur expérience au service de l’Etat ouvrier. Ils devaient être choisis par les ouvriers et non nommés par l’Etat.
La lutte pour des syndicats libérés du contrôle bureaucratique doit avoir pour point de départ la défense des acquis sociaux de la Révolution de 1949, contre l’impérialisme et la restauration capitaliste. C’est particulièrement important vu les manœuvres de forces procapitalistes comme le China Labour Bulletin (CLB), basé à Hongkong, qui réclame une « démocratie » à l’occidentale, autrement dit le pouvoir des exploiteurs capitalistes avec une façade parlementaire. Autrefois partisan de « syndicats indépendants », le CLB appelle maintenant à travailler à l’intérieur de l’ACFTU pour l’arracher au contrôle du PCC. Le CLB a beau chercher à se faire passer pour une organisation ouvrière, il s’agit d’un groupe contre-révolutionnaire qui a des liens directs avec l’impérialisme US. Son dirigeant, Han Dongfang, est également vice-président du World Movement for Democracy [Mouvement mondial pour la démocratie], une officine fondée et contrôlée par le National Endowment for Democracy [Fondation nationale pour la démocratie], une succursale notoire de la CIA.
Dans leur couverture de la grève, les médias bourgeois occidentaux évoquent le spectre de Solidarność, le « syndicat » anticommuniste polonais qui fut le fer de lance de la contre-révolution capitaliste en Europe de l’Est et en Union soviétique dans les années 1980. La ligne des médias, explicitement ou implicitement, c’est que les ouvriers chinois doivent faire grève contre le régime du Parti communiste et se prononcer pour le « libre marché ». De son côté, le régime du PCC évoque également le spectre de Solidarność, en prétendant (ce qui est faux) que toute opposition organisée à son pouvoir ne peut qu’être procapitaliste et contre-révolutionnaire. Dans un article publié dans le Wall Street Journal du 14 juin, Willy Lam, enseignant à l’Université chinoise de Hongkong, écrivait : « Dans les discussions à huis clos sur la situation dans le monde du travail, Mr Hu et d’autres membres du Politburo ont mentionné les mises en garde de feu le patriarche Deng Xiaoping sur la façon dont le mouvement polonais Solidarité a sapé les partis communistes dans tout l’ex-bloc de l’Est. »
Contrairement à la plupart de ceux qui, dans le monde entier, se réclamaient du socialisme, la Ligue communiste internationale (quatrième-internationaliste) s’est à l’époque opposée à Solidarność et a combattu jusqu’au bout la contre-révolution en Europe de l’Est et en Union soviétique. Mais ce qui se passe en Chine aujourd’hui n’est pas un phénomène de type Solidarność. L’émergence de Solidarność comme mouvement contre-révolutionnaire avait été déterminée par des facteurs qui n’ont pas de pendant en Chine, notamment l’enracinement profond de l’Eglise catholique en Pologne et le rôle du nationalisme polonais, qui était dirigé contre l’Union soviétique. De plus, les grèves actuelles en Chine protestent contre l’exploitation brutale dans de grandes entreprises capitalistes privées, ce qui n’existait pas en Pologne vers 1980. Il faut combattre vigoureusement toute illusion dans la « démocratie » capitaliste parmi les ouvriers chinois. Mais il n’y a aucune raison de penser que ce qui se développe aujourd’hui en Chine est un mouvement de masse procapitaliste.
Pour un gouvernement des conseils ouvriers et paysans !
Les grèves menées par des ouvriers migrants, qui sont dans l’intérêt de tous les travailleurs chinois, soulignent le besoin qu’il y a d’abolir le hukou, un système discriminatoire d’enregistrement des ménages mis en place par le régime du PCC. Ce système impose de sévères restrictions au droit d’habiter en ville, à l’éducation et aux soins médicaux pour les migrants originaires des campagnes et leurs enfants, ce qui rend leur existence en ville transitoire et précaire. Les emplois dans les entreprises d’Etat et les avantages sociaux qui les accompagnent restent largement réservés aux travailleurs qui ont un hukou urbain.
Le statut précaire des travailleurs migrants est une aubaine pour les exploiteurs capitalistes du secteur possédé par les étrangers ; ils y ont trouvé un réservoir idéal de main-d’œuvre qui peut être exploitée pour de très bas salaires. Beaucoup de jeunes ouvriers qui travaillent maintenant dans les usines ont grandi dans les villes avec leurs parents migrants, et pourtant ils ne sont pas non plus considérés comme résidents des villes à cause des restrictions scandaleuses du hukou bureaucratique. Les travailleurs migrants doivent avoir les mêmes droits et le même accès aux prestations sociales que les résidents urbains légalement reconnus !
Un gouvernement de conseils ouvriers et paysans élus représenterait tous les secteurs du prolétariat et des travailleurs ruraux. Les questions cruciales auxquelles l’Etat ouvrier est confronté ne pourront être résolues avec succès que quand ceux qui travaillent décideront. Dans la Révolution trahie (1936), une critique impitoyable de la bureaucratie stalinienne soviétique, Léon Trotsky expliquait : « Il ne s’agit pas de remplacer une coterie dirigeante par une autre, mais de changer les méthodes mêmes de la direction économique et culturelle. L’arbitraire bureaucratique devra céder la place à la démocratie soviétique. »
La politique pro-marché de la bureaucratie du PCC a renforcé les forces de la contre-révolution à l’intérieur de la Chine. En même temps, la puissance sociale de la classe ouvrière industrielle a considérablement augmenté du fait du développement économique. L’intégration d’au moins 150 millions de travailleurs migrants des campagnes dans l’économie urbaine chinoise est un facteur d’une importance potentielle énorme. Il faut un parti léniniste-trotskyste pour montrer la voie prolétarienne et internationaliste. Comme nous l’écrivions dans « Les ouvrières et les contradictions de la Chine contemporaine » (Spartacist édition française n° 39, été 2009) :
« Tôt ou tard, sans doute lorsque des éléments bourgeois à l’intérieur de la bureaucratie et dans sa périphérie décideront de se débarrasser du pouvoir politique du PCC, les tensions sociales grandissantes en Chine feront voler en éclats les structures politiques de la caste bureaucratique. Le jour où cela se produira, le destin de la Chine se jouera. Soit les ouvriers balayeront du pouvoir l’élite parasitaire par une révolution politique prolétarienne, en défendant et cherchant à étendre les acquis de la Révolution de 1949 pour faire de la Chine un bastion de la lutte pour le socialisme mondial, soit la contre-révolution capitaliste triomphera, ramenant avec elle les ravages de la domination impérialiste et de l’exploitation. »
Un gouvernement ouvrier et paysan révolutionnaire mettra un terme à l’arbitraire et à la corruption bureaucratiques. Il expropriera la nouvelle classe d’entrepreneurs capitalistes à l’intérieur du pays et renégociera les conditions des investissements étrangers conformément aux intérêts des travailleurs. Il créera une économie centralisée et planifiée dans les conditions de la démocratie ouvrière – et non du dirigisme bureaucratique et autarcique des années Mao. Luttant pour assurer au moins un niveau économique de base pour toute la population, une direction véritablement communiste sera consciente du fait que pour assurer à tous la prospérité matérielle, il faudra lutter pour la révolution socialiste dans les centres du monde capitaliste. La bureaucratie nationaliste du PCC s’oppose avec véhémence à cette perspective ; sa politique dérive du dogme stalinien de « construire le socialisme dans un seul pays ». Le fait que les ouvriers chinois des zones capitalistes soient exploités par des entreprises dont certaines exploitent aussi des travailleurs au Japon, aux Etats-Unis et ailleurs crée la possibilité d’une solidarité internationale, et démontre l’intérêt commun des travailleurs à lutter pour un monde socialiste.
La préservation et le développement des acquis révolutionnaires de la Chine et la modernisation générale de la société dans l’intérêt des masses travailleuses nécessitent une économie socialiste planifiée à l’échelle internationale, ce qui ouvrira la voie à un avenir communiste. C’est l’objectif de la Ligue communiste internationale, qui se bat pour reforger la Quatrième Internationale de Trotsky, parti mondial de la révolution prolétarienne.
— Traduit de Workers Vanguard n° 961, 2 juillet
http://www.icl-fi.org/francais/lebol/193/chine.html
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